Longtemps, avant leur éviction d'abord par le train, puis par la route, les gabares furent les poids lourds du transport fluvial. Vouées surtout au transport des marchandises, elles descendaient et remontaient la Charente, portant dans leurs flancs pierres, barriques, vivres, armes et parfois passagers avec leurs bagages. Ces grands bateaux spécialement conçus pour transporter de lourdes charges dans un cours d'eau garni d'embûches et soumis aux caprices de la nature, apportant aussi bien les crues que l'étiage, peu de chantiers savaient les construire. Le plus réputé se trouvait à peu de lieues d'Angoulême, à St-Simon. Après avoir connu une quasi-désertification à la suite de la disparition des gabares, le village aux trois chantiers de la fin XIXe - début du XXe siècle, redevient véritablement gabarier grâce au tourisme fluvial. Et la construction dans le village même d'une gabare justement nommée : « La Renaissance ».  A St Simon, le tourisme gabarier, soutien la vie du village |  | Il fallait vraiment y croire ! L'agonie du transport fluvial, provoquée par le développement du chemin de fer et des routiers sympas avait fini par triompher d'un mode de transport, certes écologique, mais, en ces temps où l'on se souciait peu d'écologie, jugé trop lent et trop aléatoire. On n'avait donc pas hésité à sacrifier l'emploi de tout un village au nom de la rentabilité, un politique financière toujours d'actualité si l'on en juge par les vagues de fermetures d'entreprises de ces derniers mois.
St-Simon comptait alors un millier d'âmes se partageant les durs métiers de la construction navale, du charpentier au calfat, du forgeron au voilier. On ne voyait pas ou peu d'architecte naval, les plans étaient tracés sur les murs des bordant les chantiers et les quais de Juac et St-Simon.
Une gabare vous transportait ses 30 à 40 tonnes, autant qu'un semi d'aujourd'hui, mais il fallait ensuite transborder la marchandise, alors qu'un camion peut vous livrer sur place. Et même la propulsion était parfaitement écologique. Le courant, le vent dans les voiles, la gaffe, un bœuf ou un mulet à la descente et, quand tout cela ne suffisait pas, les femmes, les enfants, les hommes. Ils travaillaient aux champs en bords de Charente et lorsqu'une gabare remontait le courant, saisissaient les cordages et vous halaient l'embarcation sur un kilomètre, puis revenaient à leurs champs après avoir passé le cordon aux suivants. On imagine mal de nos jours voir les haleurs tirer les camions et les trains, pas même une péniche, sauf pour un film ou une reconstitution, lors d'une fête de village, même par souci de protection de la planète. Mais sommes-nous surs que l'équivalent carbone d'une cinquantaine de personnes tirant un bateau de 30 à 40 T. sur un kilomètre soit moins fort que celui d'un camion de tonnage équivalent sur la même distance ? Je laisse le plaisir du calcul aux spécialistes. Loin de ces considérations, les ouvriers de l'époque ne ménageaient pas leur peine pour faire vivre une tradition vieille de près d'un demi- millénaire puisque l'origine des chantiers à cet endroit remonterait aux environ de 1602. Situé entre deux forêts aux essences très différentes, mais complémentaires dans la conception et la construction d'un bateau ; l'une de chêne français autour de St-Simon, fournissant les bois droits pour les mâts et les planches, l'autre de chêne-vert sur St-Amand et Bouteville, les bois courbes pour la charpente d'ossature de la coque. St-Simon n'a vraiment pas été choisi au hasard. Et la courbe que dessine la Charente à cet endroit ralentit le courant et favorise la mise à l'eau et l'échouage des bateaux en construction ou en réparation.
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|  La Renaissance |  | C'est en 1980, avec le développement du tourisme fluvial, que l'on commence à envisager de faire retrouver ses racines à St-Simon. Les opérations de nettoyage des berges et du lit du fleuve, la remise en état des écluses (il y en 19 d'Angoulême à Cognac) permettent aux plaisanciers de remonter la Charente sur toute sa partie navigable, de Port-des-Barques à Angoulême. Cette réappropriation touristique suscite l'envie de retrouver également certaines des activités liées à la vie du fleuve. À la même époque des associations font renaître la marine fluviale sur la Loire et la Dordogne et l'on voit, sur ces deux cours voisins apparaître des chantiers de reconstruction de toues, fûtreaux, flûtes et gabarres. À Châteauneuf-sur-Loire le musée de la marine de Loire présente les outils, les maquettes, les photos permettant de mieux connaître ce que fut la vie des mariniers. Une vie très semblable d'un fleuve à l'autre. À l'instigation de Jean-Jacques Delage, qui se passionne pour l'ancienne activité de son village, l'association « St-Simon, village gabarrier » voit le jour en 1990. L'ancienne épicerie du bourg a fermé ses portes, mais son immeuble est disponible, on y aménage ce qui deviendra « La maison des gabarriers », avec son musée dédié. Maquettes de bateaux, matériel d'accastillage, outils, photos, vidéo, portent la mémoire des chantiers disparus. Pourtant, l'idée de faire renaître la construction dans le village est là. C'est chose faite avec l'installation en 1998 dans les locaux de l'ancienne usine Gondeau, d'un chantier de construction. Situé à Juac, à deux pas de la Charente, le chantier va permettre à des équipes de jeunes gens venus de plusieurs pays d'Europe de participer à la naissance de cette belle « Renaissance » tant attendue. Une réplique des bateaux construits au 19e siècle, de 19,5 m de longueur et 7 m de largeur, avec un nez plat pour faciliter l'accostage contre les berges sans ponton et rendre plus accessibles les transbordements, qui occupe 15 personnes pendant un an. En juillet 1999, la gabarre mouille sa coque dans la Charente et c'est un succès. Dès la première année, 5.000 visiteurs s'embarqueront à son bord. En 2008, ils ont été environ 9.000 et 2009 débute sous de bons auspices avec plusieurs centaines de réservations déjà enregistrées. « On vient maintenant de régions assez éloignées de la nôtre » remarque J.-J. Delage, toujours à la tête de l'association après sa récente élection comme maire de St-Simon. En fait, il semblerait que la crise financière incite les touristes à fréquenter les sites les plus abordables pour leurs budgets et une visite de musée avec promenade en gabarre revient à moins de 10 euros par personne. Le gros chantier s'est achevé voici maintenant 10 ans, mais d'autres projets se sont fait jours dans l'esprit des gestionnaires de l'association. Parrainée par le Conseil Général de la Charente qui prend en charge les frais de carburant de la gabarre et une partie de frais de fonctionnement, « St-Simon, village gabarier » organise au mois de juillet une fête des gabariers en costumes d'époque. Rassemblement de vieilles coques, expositions, marché, animations diverses mettent en valeur la vie de ceux qui construisirent si bien leurs bateaux, qu'ils devinrent une référence auprès des armateurs et des autres chantiers. Mais l'idée principale serait de remettre en route le chantier en ouvrant un espace d'exposition de bateaux traditionnels et, pourquoi pas, de pouvoir effectuer quelques nécessaires remises en état. « Nous ne construirons plus de bateaux aussi grands que la gabarre » dit J.-J. Delage. Les gabariers de Saint-Simon ont démontré qu'ils n'ont pas perdu la main en matière de construction navale. Leur bateau navigue tous les ans du 15 avril au 15 octobre de Vibrac à Saintonge, franchissant deux fois une écluse. Il participe également, tous les deux ans en septembre, à la « Route des tonneaux et des canons » avec ses petites sœurs de Cognac et de Saintes. La promenade sur la Charente est l'occasion d'en découvrir l'histoire, la faune et la flore, le tout sur des eaux paisibles au milieu d'une nature reposante. Un voyage au joli cours pour des retrouvailles en douceur avec un passé encore vivant à Saint-Simon.
Patrice Fougeray
Pour tout renseignement complémentaire ou réservation : Association Saint-Simon-village gabarrier 16120 SAINT SIMON Tél. - fax : 05.45.97.33.40 E-mail : village-gabarrier@wanadoo.fr |
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|  Le service départemental du fleuve Charente fait escale à Saint-Simon, jusqu' au 15 février 2010. |  | Le domaine public fluvial Charentais est composé de 400 km de berges, 19 écluses en service, 26 retenues principales, 9 barrages automatisés et d'un linéaire de cours d'eau principal de la partie domaniale de 93 km. Le Département est en charge de l'entretien et de la gestion du fleuve dans ses composantes hydrauliques, patrimoniales, environnementales et touristiques.
Durant quelques mois, le service du fleuve Charente vous invite à découvrir la vie du fleuve au travers d'une exposition. Mise en place par les agents départementaux cette exposition retrace la faune, la flore et les activités d'antan développées sur le fleuve. Elle présente également le travail d'entretien du fleuve effectué sur le terrain par les agents départementaux.
Cette exposition est proposée à Saint-Simon, situé à mi-chemin entre la ville d'Angoulême et la ville de Cognac.
Visites : Les mercredi, samedi et dimanche de 14h à 18h Visites commentées du village, de la maison des Gabarriers et de l'exposition 3€50 / 1€80 Informations : 05 45 97 33 40
Pour tout renseignement complémentaire ou réservation : Association Saint Simon-village gabarrier 16120 Sant-Simon Tél/fax : 05 45 97 33 40 Courriel : village-gabarier@wanadoo.fr Site internet : www.village-gabarrier.com |
 La gabare de St Simon, reportage video par MATIVI |
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