Des deux faces de St-Savinien, les carrières de pierre dont les maisons accotées à la falaise transforment les cavités et espaces troglodytiques et le fleuve, voie naturelle de leur transport, c'et bien la seconde qui nous intéresse maintenant. Nous découvrirons le côté pierre dans un autre reportage, ainsi qu'un certain nombre des projets qui ne manqueront pas de mettre en valeur la ville et son pays.
article paru en mars 2009  Saint-Savinien, entre eau douce et eau salée |  | « La marée, je l'ai dans le cœur Qui me remonte comme un cygne… »
Léo Ferré pensait-il, en écrivant ce vers, à la petite cité saintongeaise à mi-chemin entre Saintes et Rochefort ? C'est peu probable, mais ce début de « La mémoire et la mer » lui va comme un gant. Saint-Savinien, c'est la porte ouvrant sur l'océan lorsque l'on descend la Charente ; c'est la première marche vers les villes du cognac, de la pierre, de la poudre et des canons, lorsque l'on remonte le cours du fleuve. Nous ne remonterons pas cette fois celui du temps, car la ville s'ancre de plain-pied dans son époque. De mémoire de Savinois, la ville s'est toujours partagée entre pierre et rivière, entre eau douce et eau salée. Les gabares sillonnant le fleuve pouvaient s'imaginer navires au long cours, le temps d'une descente jusqu'à Rochefort, leurs coques déjà baignées par une eau au goût de sel. C'est sans doute à la remontée de marée que l'on doit l'installation de carrelets de pêche sur les rives de la Charente. Une centaine de ces cabanes sur pilotis se dressent de St-Savinien au confluent de la Boutonne, leurs carrelets prêts à plonger aux heures de marées pour saisir les espèces de poissons vivant à la fois en eau douce et salée. Jusque dans les années 1960, la marée remontait librement le cours de la Charente jusqu'aux abords de Taillebourg. Ce qui n'avait pas que des avantages, car l'eau saumâtre pouvait s'infiltrer dans les nappes d'eau douce. La Rochelle venant chercher son eau jusqu'à la station de pompage de Coulonges, il a fallu protéger l'eau douce de l'eau salée. Eau douce, eau salée, c'est bien cette dernière dualité qui a provoqué la naissance des « surcrues » de Saintes à Angoulême, les effets de la marée s'ajoutant à ceux de la crue. Certains secteurs du lit majeur de la Charente sont coupés lors de marées importantes, effets naturels certes, mais aggravés en périodes de crues. C'est que la pente du fleuve est si faible de Saintes à Rochefort qu'il n'existe qu'une seule écluse entre les deux villes, celle de St-Savinien. Et encore cette dernière n'a-t-elle été créée sur un canal adjacent, que pour maintenir le niveau de l'eau à une hauteur suffisante pour permettre la navigation des gabarres. « À marée basse, l'on pouvait pêcher à pied au fond du fleuve. Et si l'on asséchait le cours, comme lors des périodes d'étiages du passé, on retrouverait certainement les chaînes qui nous permettaient de fixer nos engins de pêche lorsque nous étions des enfants », raconte Jean-Pierre Mullon, adjoint au maire. Lorsque le barrage a été construit pour limiter la remontée de l'eau saumâtre, le niveau de l'eau maintenu en permanence n'a plus permis cette pêche. Et beaucoup des anciens rêvent de la disparition de ce barrage. « S'il faut le détruire, il ne manquera pas de bras pour aider à le faire ». |
|   L'engorgement, une menace pour l'activité économiqueDe fait, l'ouvrage a été conçu pour permettre à l'eau de mer de poursuivre en partie son va-et-vient et comportait des éléments mobiles (des pelles) laissant agir flux et reflux qui entraînaient avec eux les limons. Vers 1995, ces éléments mobiles se sont brisés et n'ont pas été remplacés. Du coup, ce sont des milliers de mètres cubes de vases salines qui se sont entassées en amont du barrage. La réparation des pelles en 2008 et le dragage partiel du cours du fleuve ont permis de maintenir un chenal de navigation en son centre. « Il était devenu urgent de réaliser ces travaux, car le loueur de bateaux installé ici n'aurait pas pu maintenir son activité, faute de pouvoir faire naviguer ses bateaux. Il aurait alors dû quitter St-Savinien et ne le souhaitait pas », explique Jean-Claude Godineau, maire du chef-lieu de canton. D'autant que la municipalité, soutenue par la « Communauté de Communes du Pays Savinois », envisage de développer les activités liées au tourisme fluvial. Un tourisme qui ne cesse de progresser grâce aux différentes bases qui, tout au long du cours de la Charente, de Rochefort à Angoulême permettent d'accueillir les bateaux. À Saint-Savinien, le petit port de plaisance affiche presque complet, même en hiver. La présence de nombreux hébergements en hôtels, chambres d'hôtes, gîtes et campings tant à St-Savinien qu'aux environs immédiats, est également un gage de bon accueil. Après avoir été un important point de transit dans l'acheminement fluvial des marchandises ; un port de chargement des pierres produites dans les carrières, qui aujourd'hui servent parfois d'extensions troglodytiques à certaines habitations des rues de « la ville haute » ; St-Savinien veut faire du tourisme fluvial le fer de lance de son développement. « Nous avons besoin de mettre en valeur ce village dont les commerces et l'artisanat doivent être soutenus. »
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|  L'éveil de Raminagrobis |  | Pour y parvenir, les élus ne manquent pas d'idée, l'une d'entre elles ayant pour objectif de voir les touristes s'intéresser également aux autres ports de la communauté de communes. De la base nautique partiraient des bateaux électriques permettant de remonter la Charente jusqu'à Taillebourg, avec une halte prévue à pour la visite de la lanterne des morts de Fenioux… L'aménagement des sentiers de promenades existants afin de permettre la circulation des vélos comme des marcheurs est également à l'ordre du jour. L'île « de la Grenouillette » où déjà le port miniature et le « manège aquatique » permettent aux visiteurs de se promener sur le plan d'eau, à bord de répliques de bateaux de mer, fait partie du vaste programme de valorisation touristique. /« Il est également prévu de mettre en valeur nos rues et ruelles de la ville haute, moins connues que les quais ou le centre »//. Certains habitants de la ville eux-mêmes ne connaissent pas ou peu la richesse historique de ces rues dont les maisons s'appuient à la falaise. La petite ville semblait sommeiller, lovée dans un coude confortable du fleuve, comme un chat paressant et se baignant de soleil, se berçant de ses propres « ronrons ». Mais on le sait, le chat ne dort que d'un œil. Et ses pupilles savent suivre, sans le montrer, l'agitation qui l'entoure et lui faire distinguer les actions qui lui seront le plus favorables. Saint-Savinien lève les paupières sur son avenir et commence à étirer ses pattes de velours. Elle ambitionne de voir son long quai de 1,500 km, lentement édifié par les anciens avec les pierres des carrières, à nouveau fréquenté par les voyageurs de quelques heures ou quelques jours. Ses projets ne manqueront pas de lui rendre une attractivité économique, gage de développement que l'on espère harmonieux et porteur d'une qualité de vie équilibrée, entre accueils touristiques, respect d'un environnement naturel encore riche et vie locale également préservée.
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|   | Carrelets à St Savinien |
 Habitat troglodyte |  | | Les anciennes carrières sont parfois reconverties en lieux d'habitation. |
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