 Ruffec : Vers le désert hospitalier |  | Ceux qui s'imaginent que les Agences Régionales de l'Hospitalisation ont été créées pour favoriser la bonne organisation des soins en milieu rural, apparemment se trompent. Les ARH semblent essentiellement être là pour favoriser la privatisation de la santé.
Dans toutes les régions de France, les exemples ne manquent pas où les rapprochements entre centres hospitaliers publics et cliniques privées se font presque systématiquement au détriment du public. La raison en est simple, les actes chirurgicaux « rentables » sont confiés aux cliniques, les actes médicaux lourds, de longue durée et coûteux dans leur gestion, reviennent aux CH publics. Lorsqu'une clinique est tenue d'accueillir des urgences médicales, le plus souvent le patient, après les premiers soins, est renvoyé chez lui, convoqué à un nouvel examen, puis réadmis en clinique, sous régime privé cette fois. Un tour de passe-passe qui permet ainsi de priver le public de ses patients les plus susceptibles de réduire ses charges. Pas celles de la Sécurité Sociale dont le déficit chronique (qui ne représente guère plus de 3 à 4 jours de son fonctionnement par année), est également dû à cette organisation entre santé publique et santé privée.
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|  À Ruffec, le cas est différent, mais tout aussi pervers. | On ne sait pourquoi, l'actuelle directrice de l'ARH Poitou-Charentes semble s'être fixé comme mission, de mettre fin à son activité de proximité. Tout est mis en oeuvre obtenir la fermeture de services aussi essentiels que la chirurgie d'urgence et orthopédique. « L'hôpital de Ruffec assure la sécurité médicale d'un bassin de 60 000 personnes, explique Bernard Charbonneau, maire de Ruffec. Nous sommes situés à 55 km d'Angoulême, 75 km de Poitiers, soit plus d'une demi-heure en voiture. Les derniers événements climatiques avec la neige et le verglas présents sur les routes pendant plus de dix jours, ont considérablement allongé ces temps de transports. En cas d'urgence, c'est mettre en danger la vie des gens. Sans compter le prix des transports en ambulance. »
De fait des villes comme Mansle, Civray, Sauzé-Vaussay, Chef-Boutonne, importants chefs-lieux de cantons de Charente, sud Vienne et Deux-Sèvres dépendent de Ruffec dans l'accès à la santé d'urgence. « Nous connaissons des cas où les patients de Ruffec, envoyés à Angoulême reviennent à Ruffec par manque de possibilité d'accueil à l'hôpital de Girac. Où est le gain dans ce cas, pour la santé publique et pour le patient ? » Le paradoxe est que Ruffec a été assez récemment doté d'un plateau chirurgical moderne, que des chirurgiens compétents y ont exercé jusqu'à ce l'ARH les dissuade de poursuivre leur activité dans l'hôpital local. Début janvier 2010, après avoir vu son arrêté de fermeture du bloc retoqué par le tribunal administratif en septembre 2009 pour cause « d'atteinte grave et immédiate aux intérêts de la santé publique et à la sécurité des patients », la directrice de l'ARH en a promulgué un second. « Nous sommes en train de monter un nouveau dossier de recours auprès du tribunal avec nos avocats ; Ce second arrêté devrait logiquement être également recalé puisque les arguments qui ont prévalu à la première abrogation restent valables, à savoir : la création d'un désert médical dans ce secteur si l'on ferme Ruffec. »
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|  Au nom du profit immédiat | L'éventuelle fermeture du plateau chirurgical d'urgence de Ruffec ne correspond à aucune logique, que ce soit en matière d'organisation sanitaire territoriale, comme en matière d'économie financière. Mais faut-il chercher une logique dans des décisions purement administratives, voire politiques ?
Au moment où l'on dérembourse des médicaments présentés comme non efficaces, alors qu'ils faisaient partie des recommandations médicales depuis plusieurs décennies, simplement parce que leurs brevets sont tombés dans le domaine public et ne rapportent plus suffisamment aux laboratoires qui les fabriquent, avec pour seul objectif la mise sur le marché de nouvelles molécules bénéficiant d'un nouveau brevet et donc beaucoup plus rentables, au détriment de l'équilibre de la Sécu, on ne s'étonne pas de voir les ARH créer une désertification médicale dans des régions déjà très atteintes économiquement. Il est d'ailleurs intéressant de consulter la liste des structures ainsi menacée à travers la France, Paris n'en étant pas exempt, sur le site de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité : http://www.coordination-nationale.org/index.htm
Ce n'est pas en fermant des structures pourtant réputées performantes que l'on incitera les gens à venir s'installer dans des espaces de plus en plus délaissés. Le prétexte du nombre d'actes réalisés dans l'année n'est qu'un faux problème, car il suffirait de favoriser les implantations nouvelles dans ces secteurs pour redonner de l'activité aux petits plateaux. Mais là encore il s'agit de volonté sociale, économique et politique dans le plus mauvais sens du terme.
Il est évident qu'un hôpital comme celui de Ruffec a sa place pleine et entière dans le tissu sanitaire régional, au même titre que tous les autres. Encore faut-il que la politique politicienne laisse la place au réel souci de l'intérêt commun.
Après tout, le public comprendra mieux que l'on aide des petites structures de proximité, mêmes sans doute moins rentables sur le plan financier, plutôt que des entreprises privées dont les intérêts ne sont mutualisés que lorsqu'elles perdent de l'argent. Malheureusement le profit immédiat est toujours favorisé aux dépends d'une rentabilité à moyen ou long terme et, encore plus dommageable, de la protection sociale générale. Et ce ne sont pas les rodomontades présidentielles et gouvernementales qui changeront les choses.
P.F.
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|  Association de défense de l'Hôpital de Ruffec: | Le Collectif Siège: Centre Social ,place aristide briand, 16700 Ruffec E/mail : assdef_hopitalruffec@yahoo.fr
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