Comme le montre l'article de Jacques Rullier, correspondant de presse jarnacais, spécialiste de l'histoire locale charentaise, le phénomène des crues du fleuve Charente n'a rien de nouveau ni de très exceptionnel. À travers les âges, « ruisseau » de François 1er s'est souvent montré débordant dans sa manière de prouver son affection pour les abords de son bassin. Mais pour n'être pas nouveau, le phénomène des crues devient de plus en plus gênant pour les riverains du fleuve. Et l'on ne semble pas près d'y trouver une solution.
Articles parus en mars 2009  Les crues : Un problème complexe et coûteux | Rencontre avec Dider Louis, président de l'Etablissement Public de Bassin Charente
Il siégeait depuis sept ans au sein de l'Établissement Public du Territoire du Bassin de la Charente et lorsque les élections municipales de 2008 ont amené un changement de majorité politique au sein de l'EPTB, c'est presque naturellement que ses pairs ont élu Didier Louis Président de l'Institution. Le maire de St Saturnin, près d'Angoulême en Charente, vice-président du Conseil Général, est bien décidé à voir aboutir la plupart des projets préparés de longue date par l'institution même si ce ne sera pas une mission (une fois de plus) gagnée d'avance.
Le Fil : - Comment s'est effectuée la transition ?
Didier Louis : - Nous avons dû gérer dans l'urgence un changement de directeur. Le précédent ayant choisi de changer de région nous avons procédé à son remplacement. Nous avons choisi une personne dont le parcours correspondait à nos attentes. Ayant travaillé pour le Bassin Loire et, dernièrement dans l'Hérault, car elle avait particulièrement en charge le dossier des inondations, Célia Levinet nous a semblé tout à fait apte à répondre à nos attentes.
Le Fil : - Il est vrai que le dossier des inondations concernant la Charente est celui qui préoccupe le plus de monde. Où en est-on des différentes options ?
Didier Louis : - La plupart des acteurs sont focalisés sur le problème du « bouchon de St-Savinien ». Mais s'il est vrai que cet amas de vases en amont du barrage pose un véritable problème, sa résorption ne suffira pas seule à éliminer les risques liés aux inondations. Il s'agit là d'un problème plus général où se mêlent la gestion des espaces inondables, les espaces rendus cultivables, la traversée des villes et l'aménagement des plans d'urbanisations. Difficile de savoir qui par le passé a décidé de rendre constructibles des espaces réputés inondables. Par exemple, le fait de supprimer certaines haies a sans doute contribué à faciliter la circulation de l'eau, mais en entraînant sans doute plus de limons avec elle.
Le Fil : - Il est question de couper certains des méandres de la Charente pour favoriser l'écoulement de l'eau entre Saintes et St-Savinien, afin de réduire la hauteur des inondations sur Saintes, mais comment gère-t-on le flux d'eau supplémentaire apporté plus rapidement en aval ?
Didier Louis : Il faudra que l'on ait d'abord éliminé le bouchon pour que l'efficacité soit réelle. De toute façon, l'impact d'un tel aménagement serait minime, on ne gagnerait que quelques centimètres en cas de crue décennale. Mais les études ne sont pas tout à fait terminées et plusieurs instances, dont la DIREN (Direction Régionale de l'Environnement) doivent encore se prononcer sur leur faisabilité et leur financement.
Le Fil : - Ces études ont été engagées voici déjà plusieurs années, elles semblent longues à aboutir.
Didier Louis : - C'est que le problème est complexe et coûteux, Nous ne voulons pas faire de mauvais choix qui obérerait nos décisions à venir pour longtemps. Nous sommes devant deux options principales : l'épandage des vases sur des terres agricoles ou le rejet en mer. La première est dépendante de la disponibilité de terres agricoles situées hors zones inondables. Nous aurions besoin de 240 ha non morcelés. Les agriculteurs sont d'accord pour recevoir ces boues, car elles sont saines, sans métaux lourds et enrichiraient leurs sols organiquement. Mais les surfaces proposées sont trop dispersées et le transport des boues par camions ne serait pas sans occasionner des rejets importants en CO2. Le tout pour 48 millions d'Euros plus coûts induits comme l'endommagement des voies de circulation. La seconde option suppose la création d'un pipe-line d'acheminement des boues vers le littoral. Mais son tracé traverserait des zones protégées classées Natura 2000. De même, le rejet en mer ne va pas sans impacter le milieu marin et les espèces qui y vivent, certains sites en mer étant également classés Natura 2000. Son coût avoisinerait les 80 à 100 millions d'Euros. D'autre part, l'existence du bouchon de St-Savinien depuis de nombreuses années déjà, a vu la naissance d'un milieu naturel dans lequel se sont installées un certain nombre d'espèces animales et végétales dont certaines sont protégées. Nous devons donc veiller à ce que la suppression de ce bouchon ne nuise pas à ces espèces. Il est donc possible que nous ne puissions pas le supprimer totalement.
Le Fil : - Quels sont vos rapports avec les élus et anciens responsable de l'EPTB Charente ? On dit que les dissensions politiques ont bloqué un certain nombre de décisions.
Didier Louis : - Le plus souvent nous travaillons en accord. Comme avec les différentes associations écologiques ou de riverains. Tout n'est pas toujours facile à accorder, mais nous y arrivons.
Le Fil : - La création d'une échelle à poisson à Crouin n'a pas l'air d'être bien comprise des riverains qui pensent d'abord aux crues et trouvent qu'investir 720 000 euros pour des anguilles n'est pas une priorité.
Didier Louis : - Il s'agit d'une étape dans l'aménagement à venir. Les poissons ont besoin d'un courant vif pour franchir un barrage, sinon ils s'épuisent avant d'y parvenir, quand ils y parviennent. La création de cette échelle facilitera leur migration et le courant ainsi créé entraînera une partie de limons, de feuilles, de branches qui restent bloqués actuellement au barrage. Il n'y a pas de problème séparé des autres, tout est lié et lorsque l'on pense un aménagement on réfléchit à son implication globale dans l'ensemble des problèmes. Il ne s'agit donc pas d'un investissement à but unique, faciliter le passage des anguilles (entre autres), mais bien d'une gestion raisonnée du phénomène des crues.
Le Fil : - La Charente est bordée de quatre villes importantes comme Angoulême, Cognac, Saintes, Rochefort. Quels sont les risques en matière de pollution et de prélèvement d'eau ?
Didier Louis : - Angoulême tire principalement son eau de la Touvre, mais il est vrai que l'on est confronté aux rejets des villes et villages, des entreprises, des agriculteurs qui bordent la Charente. Nous n'avons pas constaté de vrais problèmes de pollution…
Le Fil : - Quels sont les principaux projets pour l'avenir ?
Didier Louis : - Le Ministère de l'Environnement et la DIREN nous poussent à mettre en place un Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), comme il en existe un pour la Boutonne. Il s'agit de définir des objectifs généraux d'utilisation, de mise en valeur, de protection quantitative et qualitative de la ressource en eau. C'est une opération complexe, car elle doit prendre en compte les remembrements agricoles, les plans d'urbanisations, les espaces protégés et, pour ce qui nous concerne, sur plusieurs départements. Ce n'est pas une mince affaire et cela prendra du temps pour décider tous les intervenants.
Entretien Patrice Fougeray |
|   Prévoir, gérer, atténuerDepuis que les eaux coulent sur Terre sous forme de rus, ruisseaux, rivières et fleuves, la nature a voulu qu'ils envahissent les espaces bordant leurs cours à certaines périodes de l'année. (C'est général l'automne et le printemps qui s'avèrent les plus propices à ces phénomènes), du fait de l'abondance des pluies qui y sont attachées avec, en plus pour le printemps, la fonte des neiges hivernales.
Depuis que l'homme vit sur Terre, son existence est soumise à la présence ou non de ces débordements naturels. Débordements aux effets d'ailleurs apparemment contradictoires. En effet, une crue lente à monter et à redescendre est bienfaitrice dans la mesure où elle amène sur les terres inondées des limons qui enrichissent les sols et favorisent les cultures. C'est en quoi des fleuves comme le Nil furent divinisés, car dispensateurs de récoltes abondantes lorsque la crue venait et provoquant la disette lorsqu'elle était absente. D'où la fameuse parabole des « 7 vaches grasses et des 7 vaches maigres sortant du Nil », sept années de disette succédant à sept années d'abondance. Et de manière naturelle les hommes s'installèrent sur les bords des cours d'eau où ils trouvaient leurs sources de vie. Le problème c'est que peu à peu, ils s'accommodèrent de moins en moins des crues naturelles. D'autant que se produisait également le second effet naturel des crues, la dévastation. Un phénomène provoqué par une surabondance du flux d'eau qui déferle en flot brutal et ravageur se frayant violemment le passage au travers des campagnes et détruisant tout obstacle. Un phénomène d'autant plus violent que le passage est resserré. Ce peut-être dans une gorge naturelle, ce peut-être à cause d'un aménagement humain : canal, caniveau, rue étroite, pont trop bas ou trop court, berges encombrées de quais et de maisons… Alors, l'homme a entrepris de « domestiquer » les cours d'eau. C'est ainsi que le Rhin n'est plus canal coulant ses eaux entre des rives bétonnées. Et ce n'est pas le seul grand fleuve ayant eu à subir tel avatar. Le Nil lui-même a vu construire un lac immense pour écrêter ses crues. Il en est de même au Canada et tout récemment en Chine avec le barrage des « Trois gorges » sur le Yang-Tseu-Kiang. Mais, revers de la médaille, si l'on a écrêté les crues les plus courantes, lors de crues centennales les conséquences de tels aménagements sont encore plus ravageuses puisque l'eau ne trouve plus à s'épancher naturellement sur de larges espaces. Encore moins du fait que nombre de zones réputées inondables ont été bâties, malgré les interdictions qui, en principe, les frappent. Soit parce que les constructions existaient avant la mise en place de la réglementation, soit par l'attribution de passe-droits lucratifs au profit de personnes, d'entreprises ou de collectivités. C'est ainsi que l'on vit des villes de l'importance de Tours, sur la Loire, militer pour la construction de barrages sur le « Fleuve royal » afin de protéger une zone industrielle construite à la confluence de la Loire avec le Cher, zone tout naturellement inondable. Si les différentes associations de défense du « dernier fleuve sauvage d'Europe » ont réussi après de longues années de luttes à obtenir que la Loire conserve son caractère originel, c'est parce que des solutions ont été trouvées qui ont permis de lui éviter la honte d'une « canalisation » de son cours. C'est aussi grâce à cette mobilisation que la Loire a pu obtenir son classement au « Patrimoine de l'humanité » qu'un bétonnage de ses rives aurait empêché à coup sûr. Et certaines de ces solutions seraient adaptables à la Charente.
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|  Faire sauter le bouchon, écologiquement |  | Comme nous le disions plus haut, le phénomène des crues de la Charente n'est pas nouveau et Louis XIV lui — même avait chargé l'un de ses ingénieurs, le sieur Blondel, d'entreprendre des travaux afin de remédier au problème. Ce qui n'a pas empêché la Charente de continuer à inonder ses riverains. Depuis trente années déjà, « l'Institution Fleuve Charente », devenue Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) se penche sur le problème et poursuit des études visant à trouver les meilleures options. Présidé jusque 2008 par Xavier de Roux, maire de Chaniers, l'EPTB a publié quatre plaquettes destinées à mieux informer les personnes intéressées sur les solutions envisagées et les modalités de leurs mises en œuvre. L'ennui c'est qu'aucune n'est véritablement satisfaisante, tant au regard de son coût, qu'à celui de son efficacité réelle, sans parler de son impact environnemental. On a pu voir dans son entretien que l'actuel président, Didier Louis, n'a pas encore dans son sac de solution véritablement nouvelle à proposer. Alors quelles sont donc celles déjà envisagées ? Tout d'abord la résorption du « bouchon de St-Savinien » « L'origine tient au fait que le barrage construit pour limiter l'effet des marées sur le cours du fleuve a été endommagé », explique Jean-Claude Godineau, maire de St-Savinien. « Deux éléments mobiles ne fonctionnant plus l'eau de la Charente ne pouvait plus s'évacuer en entraînant les limons. Si bien que ces derniers se sont accumulés, formant peu à peu le fameux bouchon ». Un état de fait qui s'est prolongé plus de trente ans, si bien que les vases accumulées s'étendent sur près de 4 m de hauteur et trois kilomètres entre St-Savinien et Port d'Envaux, représentant près de 2.000.000 de m3. « Avant, on pouvait pêcher sur les galets dans la traversée du village, on avait posé des chaînes pour y fixer, nos engins de pêche » se souvient Jean-Pierre Mullon. Selon spécialistes et riverains, cet amas de vase contribuerait à rendre les crues plus importantes et serait à l'origine d'une hauteur plus forte à Saintes en particulier. En 2008, le Conseil Général de la Charente-Maritime a fait réparer les pelles endommagées et procéder au dragage des vases sur une largeur de 4 m sur toute la longueur de fleuve traversant le bourg. « Cette opération nous permet de préserver la circulation fluviale des pénichettes du loueur installé à St-Savinien. Sans cela, ses bateaux auraient été bloqués à quai et il aurait dû cesser son activité. » Mais il ne s'agit que d'une réponse à une situation d'urgence et le problème reste presque entier en ce qui concerne l'amont. Évacuer le reste des vases, comme le dit Didier Louis, pose de nombreux problèmes et coûte cher. Quelle que soit la solution choisie, le coût financier et environnemental sera conséquent. L'évacuation des vases par l'épandage nécessite de larges surfaces de terres agricoles et de nombreux va-et-vient de camions sur des routes qui ne sont pas prévues pour supporter un tel trafic. Il faut également prévoir des espaces de ressuyages pour que les vases s'assèchent suffisamment avant épandage. Même si elles ne contiennent aucun élément nuisible à l'environnement, il faudra être capable de les traiter en toute sécurité. Ce qui suppose des installations spécifiques. Les 48 millions d'euros prévus risquent fort d'être insuffisants. Un projet de production de granulés d'argile à partir des vases cuites est également envisagé qui permettrait de rentabiliser en partie l'opération en vendant ces granulés. Le pompage et leur transfert à l'aide de barges jusqu'aux abords de l'ïle d'Oléron pour les rejeter en mer sont liés aux contraintes de marées et nécessaire transfert de la barge sur un bateau adapté à la navigation maritime. Le rejet par un pipe-line dans le même secteur suppose de faire traverser des zones classées « Natura 2000 » et le rejet en mer peut également avoir des conséquences environnementales sur l'équilibre naturel marin du secteur concerné. Des effets encore peu mesurables actuellement. « Son coût avoisinerait les 80 à 100 millions d'Euros », déclare Didier Louis. Les études se poursuivent donc. Et pourtant, il faudra bien prendre une décision, car l'élimination du bouchon conditionne la mise en place d'un système d'effacement de méandres entre Saintes et Bussac afin de faciliter l'écoulement des eaux de crues. Le principe en est le suivant : un canal doté de digues effaçables, dites « fusibles » (car les eaux de crues les font disparaître) est creusé afin de créer une ligne droite de l'amont vers l'aval et coupant ainsi le méandre. En période normale l'eau suit le lit mineur naturel de la Charente. En période de crue « ordinaire », l'eau en surplus franchit les digues et s'écoule directement de l'amont vers l'aval. Lors de crues « centennales », l'eau s'étend dans le lit majeur, mais moins haut. Cette opération, qui permettrait de gagner moins de 10 cm de hauteur d'eau à Saintes, pose une question importante : comment gère-t-on l'afflux d'eau supplémentaire vers l'aval ? « Il est évident que St-Savinien souffrira d'inondations plus fortes », estime Jean-Claude Godineau. Car les chenaux tracés auront pour effet d'évacuer plus rapidement l'eau venue de l'amont certes, mais par conséquent de provoquer un apport plus important et plus rapide d'eau vers l'aval. « Peut-être pourrait-on envisager de supprimer totalement le barrage de St-Savinien ? », suggère en souriant Jean-Pierre Mullon, qui voit là une opportunité de rendre à la Charente son cours naturel. Une solution possible serait d'utiliser le canal de l'UNIMA (Union des Marais) comme exutoire ; mais il semblerait que le manque d'entretien de l'ouvrage, qui depuis l'amont de St-Savinien rejoint le canal de la Seudre, destiné à l'alimentation en eau des marais en période d'étiage, limite ses capacités dans ce domaine.
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|   Les projets de l'Institution : « Le Fleuve Charente »,Établissement Public Territorial de Bassin Nous l'avons évoqué dans l'entretien avec Didier Louis, l'Établissement Public Territorial de Bassin « Fleuve Charente » a connu quelques changements en 2008 dans son administration. À commencer par son président. L'autre changement d'importance concerne sa direction puisque Rémy Filali a rejoint une autre région.
C'est donc désormais Célia Levinet qui a en charge la gestion technique de l'Institution. Originaire de l'Hérault, cette ingénieure en sciences et techniques de l'eau s'est intéressée à la gestion des eaux de la Maine et de la Loire pour le Bassin Loire à Angers, avant de gérer le problème des inondations pour le bassin Vidourle à Montpellier. « Mais il était intéressant pour moi de pouvoir assumer la direction d'un établissement aussi important que celui-ci. Un bassin versant comme celui de la Charente couvrant plus de 10.000 Km2 et intéressant plus ou moins directement 4 départements. » Et cela n'aura rien d'une mince affaire ; car sur les 361 km de son cours la Charente borde des villes, des syndicats de pays, des communautés de communes, des cantons, des départements aux intérêts souvent divergents. Les attentes ne sont pas les mêmes à Civray où les pêcheurs souffrent plus des étiages que des inondations, même si celles-ci ne sont pas négligeables, qu'à Cognac ou à Saintes. Même si, politiquement, Didier Louis affirme que l'on travaille dans un certain consensus, il n'empêche que la réalité n'est pas toujours aussi simple et que bien des intérêts se confrontent. Célia Levinet sait déjà qu'elle n'aura pas forcément la tâche facile dans sa gestion de l'EPTB. Elle aura à gérer 30 années passées en études de faisabilité de différentes options, savoir trouver, et en une certaine mesure imposer, celles qui seront le plus à même de répondre le mieux aux attentes. Et toute son expérience de la gestion des inondations ne sera pas de trop pour arriver à gérer les conflits d'intérêts. Nous avons vu plus haut certaines des alternatives possibles, mais il en existe d'autres, complémentaires, qui ne manqueront pas de créer la polémique. La plus significative est la création de zones de « surstockages » où l'eau des inondations pourrait s'étendre afin de limiter les hauteurs d'eau en aval. À l'origine, le lit majeur de la Charente comportait des zones marécageuses naturelles où la végétation adaptée retardait l'écoulement des eaux. La mise en culture de ces zones a fait arracher cette végétation et ce ne sont pas les céréales, dormantes à l'époque des crues, qui peuvent jouer ce rôle. L'urbanisation des rives et le drainage des zones marécageuses contribuent également à amplifier l'effet d'accélération de la crue vers l'aval. Redonner certaines de ces aires d'expansion à la Charente, suppose que l'on adapte leur culture soit en laissant la nature retrouver ses espèces végétales originelles, soit en y adaptant les méthodes culturales. Prairies humides par exemple. Une quinzaine de ces retenues seraient créées sur la Charente et ses affluents. « On reproche le nombre et le temps passé en études, considérées comme coûteuses, mais elles sont indispensables. Nous devons être capables d'expliquer les avantages et les inconvénients de chacune des options envisagées, afin que les élus et organismes concernés, les associations de riverains tout comme le ministère de l'Environnement ou la DIREN, puissent donner leur accord. L'EPTB ne peut engager des fonds que sur des réalisations concrètes et réellement efficaces. » Le Programme d'Actions et de Prévention des Inondations (PAPI) établi dès 2002 avec le Ministère de l'Environnement, prévoit la mise en œuvre de travaux propres à réduire les effets des crues comme le curage de la Charente, la création des chenaux et la création de sites de « surstockages » sur l'Antenne, la Soloire et la Seugne. Et ce, d'ici à 2012. Mais les délais seront-ils tenus ? Car aux projets déjà élaborés vient s'ajouter, sur les recommandations d'une directive Européenne, la mise en place d'un Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). « Il s'agit dans ce cadre, de réfléchir à la mise en place d'actions cohérentes sur l'ensemble du bassin versant de la Charente. Il en existe plusieurs en France, dont l'un des plus récents concerne la vallée de la Boutonne. Mais pour sa mise en place, comme pour l'ensemble de nos actions, nous consultons régulièrement les différents intervenants et cela prend du temps. » Et du temps, il en faudra encore, avec de la patience, car Célia Levinet sait qu'en matière d'inondation rien n'est jamais gagné. « On n'arrête pas l'eau. Elle suit son propre chemin et sa puissance est telle qu'elle détruit tout obstacle sur son passage. Il est donc nécessaire de tenir compte de son cours naturel lorsque l'on souhaite créer des ouvrages. » L'Homme s'imagine toujours capable de dominer la Nature. Mais c'est bien là fruit d'une imagination parfois maladive car au final, c'est la Nature qui est toujours la plus forte ; car quoi que fasse l'Homme elle adapte son évolution. Il n'est qu'à constater combien les aménagements humains sont fragiles dès lors que la Nature se manifeste. L'herbe repousse à travers ciment et goudron, les tempêtes ravages les forêts artificiellement et mal concues, l'eau bouscule les obstacles créés sur cours. Les inondations sont un phénomène naturel peu dommageable si l'on respecte les épanchements naturels, elles deviennent catastrophiques dès lors que l'Homme s'imagine pouvoir les canaliser, et les habitants de Vaison-la-Romaine par exemple peuvent en témoigner. Faisons que la Charente, fleuve paisible, ne se transforme pas en fleuve véritablement ravageur. |
|  Les débordements de la Charente UN PHÉNOMÈNE SÉCULAIRE |  Un peu d'Histoire, avec Jacques Rullier
Indolente Charente, calme Charente, immuable " Carentonus " des Romains ! Même lorsqu'elle fait le " gros dos ", elle n'arrive pas à causer catastrophes, deuils et peines.
La simultanéité ou non des crues de la Charente et de ses affluents aval (Antenne, Seugne, Né) présente des conséquences importantes pour les niveaux d'inondation dans le secteur Cognac - Saintes. On peut distinguer deux types de crues : Les crues générées par des pluviométries courtes (3 à 4 jours), mais intenses. Ce qui induit une onde de crue violente. Deuxième cas de figure, les crues générées par des pluviométries longues (supérieures à une semaine). Le débit à Saintes peut atteindre alors des valeurs importantes, comme en janvier 1994. La Charente a toujours été navigable de son propre fonds, c'est à dire par sa nature et sans le recours de travaux d'art, depuis l'embouchure jusqu'à Saintes. Puis la navigation s'est étendue jusqu'à Cognac, Jarnac, Châteauneuf et Angoulême ; entraînant une succession d'obstacles " les aiguilles " pour amener l'eau jusqu'aux moulins et faciliter la navigation. Jusqu'à ce que Turgot en 1776 construise des écluses. " - Ces retenues rendent sans doute les inondations plus promptes et plus fortes " écrivait J.P. Quénot dans sa " Statistique monumentale de 1818 ". Mais contrairement aux autres fleuves des pays circonvoisins qui connurent de grandes inondations, en 583 à Paris, en 761 en Italie, en 808 en Hollande, en 945 et 1100 en Allemagne, la Charente n'a pas eu à pâtir de grandes crues. Lente à la montée, lente à la descente, une crue de la Charente surprend rarement ses riverains. Elles se déroulent généralement en hiver et leur période de retour varie entre 5 et 10 ans. Un lit mineur de faible capacité fréquemment encombré avec des remblais des constructions, une végétation localement dense, des pentes motrices faibles en particulier après Cognac, des remontées de marée assez forte, un méandrement localement développé et allongeant les trajets hydrauliques et deux verrous topographiques (Cognac et Saintes) dus à la construction de la voie du chemin de fer, induisent un relèvement très net des lignes d'eau en crue. (4) En 1195 à Paris la montée des eaux força Philippe Auguste à abandonner son palais de la Cité et à se réfugier à l'Abbaye de Ste-Geneviève. (1) En 1783, tous les pertuis et écluses depuis Baudan (près de Mansle) jusqu'à Jarnac avaient été emportés et le total des dégâts était estimé à 2.249 livres or, soit environ 300 millions d'euros (3) En 1834 la France fut ravagée sur tous les points par les inondations et la Seine a débordé deux fois et dépassé un niveau de 7 mètres au-dessus des plus basses eaux. Pour ce qui est de notre " Fleuve ", car la Charente est bien un fleuve (" - Je ressentais une sorte de vanité de savoir que la Charente était un fleuve " écrit le président F. Mitterrand dans ses souvenirs d'enfance), l'année 1859 fut témoin de débordements assez importants.
Le 15 mars 1876, la Charente atteint le plus haut niveau de mémoire d'homme
Mais cela se fit doucement sans à-coup comme à son habitude. Contrairement à quelques affluents sur lesquels quelques catastrophes sont connues, comme celle du fameux orage de la St Roch le 16 août 1768 sur le Né. " Vers les 2h00 de l'après-midi s'éleva un orage dont il n'y a pas d'exemple. En moins d'une heure, les terres et les vallons furent submergés à vingt pieds de hauteur ( 6 mètres). La Charente est sortie de son lit et la chaussée de Merpins a été rompue et enlevée sur 4 à 5 toises (environ 15 mètres), la plupart des moulins sont détruits des familles ont disparu avec leurs bestiaux et leurs effets. On a retrouvé dans les chemins plusieurs charrettes chargées de gerbes, d'eau de vie et chevaux et conducteurs, tous noyés.On découvre journellement des cadavres amenés d'une ou deux lieues dans l'intérieur des terres vers St-Fort. Les Châtellenies de Bouteville, Ambleville et de Châteauneuf composant plus de trente paroisses ont le plus souffert " D'autres crues ont laissé quelques traces dans la mémoire collective comme celle du 19 février 1904, celle de mars 1923, celle du 2 avril 1962 et plus récemment le record avec la crue centennale du 23 décembre 1982. Cette crue doit son caractère exceptionnel par le fait qu'elle est le résultat de l'enchaînement de deux types de pluviométrie. Une pluie intense sur deux jours suivie par un épisode pluvieux exceptionnel. Durant tout le mois de décembre et à partir du 5 des dépressions atlantiques finirent leurs courses sur notre région ; En particulier le 10 avec une forte tempête. Puis les 16 et 17 et surtout le dimanche 19 et le lundi 20 ; Les précipitations atteignant plus de 400 mm (208 mm puis 260 mm) on déclencha le plan ORSEC par les préfets de la Charente et de la Charente-Maritime et Michel Crépeau maire de la Rochelle alors ministre de l'Environnement. Le plan sera maintenu durant 9 jours en Charente et 17 jours en Charente-maritime. Le fleuve Charente connaît malheureusement d'autres problèmes qui sont liés à des ressources en eau devenues insuffisantes et une qualité des cours d'eau parfois très inquiétante. Le bouchon de St-Savinien, le non-dragage du lit depuis de nombreuses années, avec une remontée du fond inquiétante, laissent supposer que les problèmes sont loin d'être évacués ! Je laisserai le Préfet de la Charente de l'époque conclure. Lors de son interview sur FR3 le 22 décembre 1982 à 19h00 au journal Il dit : " - Si la Charente est montée si haut c'est parce qu'il a beaucoup plu ! " (sic). Inquiétant n'est-ce pas !
Jacques Rullier
Sources : (1) Chroniques, faits historiques et traditions de l'Angoumois Occidental par P.Lacroix (1876) (2) Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac Abbé Cousin (1882) (3) À la recherche des gabarriers de la Charente Bruno Sepulchre (1978) (4) Le Bassin versant de la Charente aménagement et gestion de l'eau Emmanuelle Tur G.R.E.H. (1998)
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|  Jaxter, par Jacques Muller |  | Le "bouchon de St Savinien", vu par l"animateur de Roger Rabbit, Jarjar et autres créatures animées des studios Disney, Pixar, Spielberg ou Lucas... Le Jarnacais Jacques Muller est tout naturellement sensible au problème des crues de la Charente. Son petit héros, Jaxter, apporte sa solution de "mini super-heros" charentais. |
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