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Quelques vers pour la routeUn peu de poésie ne peut pas faire de mal   Les soliloques du pauvreJehan Rictus (1867-1933) est l'anti Jean Richepin. Poête de la rue et des gens qui y vivent, il connaît son sujet pour l'avoir vécu et met en scène dans les "Soliloques du pauvre" Le texte ci-dessous, publié en 1895 reste en 2009 d'une actualité criante et, hormis quelques références politiques et littéraires de l'époque, son texte est d'aujourd'hui.
Vous pouvez retrouver l'intégrale de ses textes et des illustrations de Steinlen sur le site suivant : http://www.florilege.free.fr/jehan-rictus
L'Hiver
Merd' ! V'là l'Hiver et ses dur'tés, V'là l' moment de n' pus s' mettre à poils : V'là qu' ceuss' qui tienn'nt la queue d' la poêle Dans l' Midi vont s' carapater !
V'là l' temps ousque jusqu'en Hanovre Et d' Gibraltar au cap Gris-Nez, Les Borgeois, l' soir, vont plaind' les Pauvres Au coin du feu... après dîner !
Et v'là l' temps ousque dans la Presse, Entre un ou deux lanc'ments d' putains, On va r'découvrir la Détresse, La Purée et les Purotains !
Les jornaux, mêm' ceuss' qu'a d' la guigne, À côté d'artiqu's festoyants Vont êt' pleins d'appels larmoyants, Pleins d' sanglots... à trois sous la ligne !
Merd', v'là l'Hiver, l'Emp'reur de Chine S' fait flauper par les Japonais ! Merd' ! v'là l'Hiver ! Maam' Sév'rine Va rouvrir tous ses robinets !
C' qui va s'en évader des larmes ! C' qui va en couler d' la piquié ! Plaind' les Pauvr's c'est comm' vendr' ses charmes C'est un vrai commerce, un méquier !
Ah ! c'est qu'on est pas muff en France, On n' s'occupe que des malheureux ; Et dzimm et boum ! la Bienfaisance Bat l' tambour su' les Ventres creux !
L'Hiver, les murs sont pleins d'affiches Pour Fêt's et Bals de charité, Car pour nous s'courir, eul' mond' riche Faut qu'y gambille à not' santé !
Sûr que c'est grâce à la Misère Qu'on rigol' pendant la saison ; Dam' ! Faut qu'y viv'nt les rastaqoères Et faut ben qu'y r'dor'nt leurs blasons !
Et faut ben qu' ceux d' la Politique Y s' gagn'nt eun' popularité ! Or, pour ça, l' moyen l' pus pratique C'est d' chialer su' la Pauvreté.
Moi, je m' dirai : « Quiens, gn'a du bon ! » L' jour où j' verrai les Socialisses Avec leurs z'amis Royalisses Tomber d' faim dans l' Palais-Bourbon.
Car tout l' mond' parl' de Pauvreté D'eun' magnèr' magnifique et ample, Vrai de vrai y a d' quoi en roter, Mais personn' veut prêcher d'exemple !
Ainsi, r'gardez les Empoyés (Ceux d' l'Assistance évidemment) Qui n'assistent qu'aux enterr'ments Des Pauvr's qui paient pas leur loyer !
Et pis contemplons les Artisses, Peint's, poèt's ou écrivains, Car ceuss qui font des sujets trisses Nag'nt dans la gloire et les bons vins !
Pour euss, les Pauvr's, c'est eun' bath chose, Un filon, eun' mine à boulots ; Ça s' met en dram's, en vers, en prose, Et ça fait fair' de chouett's tableaux !
Oui, j'ai r'marqué, mais j'ai p'têt' tort, Qu' les ceuss qui s' font « nos interprètes » En geignant su' not' triste sort S'arr'tir'nt tous après fortun' faite !
Ainsi, t'nez, en littérature Nous avons not' Victor Hugo Qui a tiré des mendigots D' quoi caser sa progéniture !
Oh ! c'lui-là, vrai, à lui l' pompon ! Quand j' pens' que, malgré ses meillons, Y s' fit ballader les rognons Du Bois d' Boulogn' au Panthéon
Dans l' corbillard des « Misérables » Enguirlandé d' Beni-Bouff'-Tout Et d' vieux birb's à barb's vénérables... J'ai idée qu'y s'a foutu d' nous.
Et gn'a pas qu' lui ; t'nez Jean Rich'pin En plaignant les « Gueux » fit fortune. F'ra rien chaud quand j' bouffrai d' son pain Ou qu'y m' laiss'ra l' taper d'eun' thune.
Ben pis Mirbeau et pis Zola Y z'ont « plaint les Pauvres » dans des livres, Aussi, c' que ça les aide à vivre De l'une à l'aute Saint-Nicolas !
Même qu'Émile avait eun' bedaine À décourager les cochons Et qu' lui, son ventre et ses nichons N' passaient pus par l'av'nue Trudaine.
Alorss, honteux, qu'a fait Zola ? Pour continuer à plaindr' not' sort Y s'a changé en harang-saur Et déguisé en échalas*.
Ben en peintur', gn'y a z'un troupeau De peintr's qui gagn'nt la forte somme À nous peind' pus tocs que nous sommes : Les poux aussi viv'nt de not' peau !
Allez ! tout c' mond' là s' fait pas d' bile, C'est des bons typ's, des rigolos, Qui pinc'nt eun' lyre à crocodiles Faite ed' nos trip's et d' nos boïaux !
L'en faut, des Pauvr's, c'est nécessaire, Afin qu' tout un chacun s'exerce, Car si y gn' aurait pus d' misère Ça pourrait ben ruiner l' Commerce.
Ben, j' vas vous dir' mon sentiment : C'est un peu trop d'hypocrisie, Et plaindr' les Pauvr's, assurément Ça rapport' pus qu' la Poésie :
Je l' prouv', c'est du pain assuré ; Et quant aux Pauvr's, y n'ont qu'à s' taire. L' jour où gn' en aurait pus su' Terre, Bien des gens s'raient dans la Purée !
Mais Jésus mêm' l'a promulgué, Paraît qu'y aura toujours d' la dèche Et paraît qu'y a quèt' chos' qu' empêche Qu'un jour la Vie a soye pus gaie.
Soit ! — Mais, moi, j' vas sortir d' mon antre Avec le Cœur et l'Estomac Pleins d' soupirs... et d' fumée d' tabac. (Gn'a pas d' quoi fair' la dans' du ventre !)
J'en ai ma claqu', moi, à la fin, Des « P'tits carnets » et des chroniques Qu'on r'trouv' dans les poch's ironiques Des gas qui s' laiss'nt mourir de faim !
J'en ai soupé de n' pas briffer Et d'êt' de ceuss' assez... pantoufles Pour infuser dans la mistoufle Quand... gn'a des moyens d' s'arrbiffer.
Gn'a trop longtemps que j' me balade La nuit, le jour, sans toit, sans rien ; (L'excès même ed' ma marmelade A fait s' trotter mon Ang' gardien !)
(Oh ! il a bien fait d' me plaquer : Toujours d' la faim, du froid, d' la fange, Toujours dehors, gn'a d' quoi claquer ; Faut pas y en vouloir à c't' Ange !)
Eh donc ! tout seul, j' lèv' mon drapeau ; Va falloir tâcher d'êt' sincère En disant l' vrai coup d' la Misère, Au moins, j'aurai payé d' ma peau !
Et souffrant pis qu' les malheureux Parc' que pus sensible et nerveux Je peux pas m' faire à supporter Mes douleurs et ma Pauvreté.
Au lieu de plaind' les Purotains J' m'en vas m' foute à les engueuler, Ou mieux les fair' débagouler, Histoir' d'embêter les Rupins.
Oh ! ça n' s'ra pas comm' les vidés Qui, bien nourris, parl'nt de nos loques, Ah ! faut qu' j'écriv' mes « Soliloques » ; Moi aussi, j'en ai des Idées !
Je veux pus êt' des Écrasés, D' la Mufflerie contemporaine ; J' vas dir' les maux, les pleurs, les haines D' ceuss' qui s'appell'nt « Civilisés » !
Et au milieu d' leur balthasar J' vas surgir, moi (comm' par hasard), Et fair' luire aux yeux effarés Mon p'tit « Mané, Thécel, Pharès ! »
Et qu'on m' tue ou qu' j'aille en prison, J' m'en fous, j' n' connais pus d' contraintes : J' suis l'Homme Modern', qui pouss' sa plainte, Et vous savez ben qu' j'ai raison !
1894-1895
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|  Pendant qu'ils se gobergent | Ombre Nuits de la douleur Cris
Déchirures Plaies sanguinolentes Cris
Eclats Enfoncés dans la chair Cris
Peurs A chaque instant contrôlées Cris
Nuit Nuit Nuit
Et dans les ténèbres
Cris Cris Cris
De partout jaillis
Cris Douleurs Cris
Cris Peurs Cris
Et sur la honte?
Silences Silences Silences. |
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